A défaut de pouvoir partager les odeurs et les saveurs de mes voyages, j'essaie d'en montrer les couleurs!
La deuxième journée passée dans l’archipel marquisien nous permet de visiter Ua Pou. Les Marquises sont spécialement connues pour avoir été des terres d’accueil ou de passages de nombreux artistes, écrivains, peintres ou chanteurs, comme nous le verrons un peu plus tard. Robert Louis Stevenson, qui doit beaucoup de sa renommée à sa nouvelle Dr Jekyll et M. Hyde ou encore à son roman l’Ile au Trésors, effectua en 1888 une croisière aux Marquises et décrivit les pics de Ua Pou comme des « flèches volcaniques semblables à des clochers d’églises ».
La traversée du village nous permet d’admirer un magnifique bougainvillier coloré.
Le cargo à déjà déchargé tout son fret, et il est temps de le rejoindre pour continuer notre périple en direction d’une autre île, bien connue des artistes.
En effet, Hiva Oa, en plus de pouvoir se vanter de vallées verdoyantes et de baies ensorcelantes, fût choisie comme terre d’exil par Paul Gauguin et Jacques Brel.

Gauguin laissa un souvenir très mitigé de son passage à Hiva Oa en raison de son attirance pour l’alcool, la drogue, et les jeunes filles mineurs…
Il en fût tout autrement pour Jacques Brel, qui s’impliqua réellement dans la vie des Marquisiens.
A l’apogée de sa carrière, atteins d’un cancer des poumons, il parcourt les Marquises en voilier à la recherche d’un endroit où il pourrait déambuler sans que sa notoriété ne le rattrape. Arrivé à Hiva Oa, il se rend à la poste pour savoir si du courrier l’attendait. « Jacques Brel ? » demanda le postier, « Jamais entendu parler ». Cette phrase résonna comme un doux poème aux oreilles du chanteur. Mais il n’était pas dans son caractère de se laisser vivre sans ne rien faire. Lorsqu’il se rendit dans le bar musical de l’île, les marquisiens lui demandèrent s’il savait jouer de la guitare et s’il savait chanter. Brel saisit l’occasion de dévoiler ses talents. Mais les Polynésiens, chanteurs et musiciens nés, n’apprécièrent pas sa représentation. Ils le laissèrent chanter par politesse mais récupérèrent rapidement leurs instruments.
C’est à partir de ce moment que l’artiste Belge dévoila une autre de ses passions : le pilotage. Attristé de voir les séparations forcées entre les jeunes écoliers qui devaient partir à l’école de Tahiti pour de longues périodes scolaires, il créa l’une des premières rotation aérienne qui relia l’archipel des Marquises à la capitale Polynésienne après avoir acheté son avion, baptisé Jojo en l’honneur de son ami et régisseur disparu quelques années auparavant.
En hommage à ces célébrités, un musée retrace l’histoire et le passage de Brel et Gauguin. La « Maison du Jouir » du peintre fût reconstruite à son emplacement initial, et le fameux Jojo trône au milieu d’un hangar dédié au chanteur.
Tout deux reposent en paix au cimetière d'Atuona, faisant face à la mer.
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© Nelly Massoud